DE LA VILLE DE PARIS.
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de Longueville, nommé mons1, de La Roche-Pouzay -1' qui fut plainct et regretté autant qu'il est possible, et fut frappé d'un coup de harquebuze au travers de la leste.
Baterye aud. Bourges. Le landemain, on commença à faire gabions et quelque petite tranchée pour loger dix canons en baterye, et commencerent à tirer le vendredy ensui­vant environ de cinq à six heures du matin <2', et bâtirent tout ce jour fort furieusement, sy bien que si l'on eust voullu donner l'assault le samedy après disner, la bresche estoict assez seuffisante; mais craignant que la ville ne feust pillée'3', la Royne en­voya vers eulx quelques seigneurs, comme monsr le mareschal dc Montmorency, le conte ringrave et mons' de l'Aubespine pour leur faire remonstrances, ety furent par plusieurs foys pour moyenner quelque accord (4), mais le seigneur d'Ivoy, qui estoict chefde ceulx dedans la ville, faisoict si bonne myne qu'il sembloict que le Roy ne fut assez puissant pour leur faire teste.
Composition avec ceulx de Bourges. ' Le Roy de Navarre, voyant qu'il ne se pouvoict riens accorder, feist besongner mieulx que devant, et l'on commença à retrancher et approcher le fossé de fort près, tant que noz gens estoient prestz à entrer dedans, et voyant par eulx qu'il n'y avoict plus d'ordre de tenir contre nous, ilz délibérèrent de composer, ce qui leur fut accordé incontynant pour la crainte que l'on avoict que la ville ne fut pillée.
La prinse de Bourges.
Le Roy ayant aresté leur capitulation (ft', délibéra d'y entrer, et les feist on sortir le landemain avecq leurs armes sans ensignes desployées, et allerent loger à une lieue hors de nostre camp où il y avoict gardes de tous costez, qu'i ne se sceussent où sauver.
Le Roy, voyant sa ville en son obeyssance, il se délibéra d'y aller loger'0', acompaigné de la Royne sa mere et de Messieurs de son Conseil, lesquelz y ayant sejourné ung jour et demy, délibérèrent de faire partir l'armée '7', et la faire tenir le chemin de Gien
O Roch Chasteigner, troisième fils dc Jean Chasteigner, seigneur do La Roche-Posay, et de Claude de Mauléon, écuyer d'écurie do Henri II, chambellan de François II et de Charles IX, était capitaine d'une compagnie de cont chevau-légers, après avoir contribué, sous les ordres du maréchal do Saint-André, à la prise de Poitiers el à la réduction de Chauvigny, il fut tué d'un coup d'arquebuse dans la première attaque du colé de Saint-Ursin, à l'âge de 35 ans. Pierre Ronsard composa on son honneur une épitaphe dont Du­chesne reproduit le texte. (Histoire de la maison des Chasteigners, p. 285-287.)
(2). La canonnade se prolongea do cinq heures du matin à six ot sept heures du soir; les pièces des assiégeants, qui lançaient dos boulets pesant de 4 o à 5o livres, tirèrent environ 64 o coups, sans pouvoir ouvrir de brèche. Le samedi, le tir se ralentit sensiblement et se réduisit à 200 ou 3oo coups; la semaine suivante jusqu'à Ia fin du mois d'août, on ne lança que 3o à 4o projectiles par jour. D'après le relevé fait pendant le siège, l'artillerie royale tira on i5 jours i,56o coups. (Journal de Jean Glaumeau, Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XXIl, p. 220-221.)
f3' Le fait avancé par l'auteur de notre relation est exact; en effet le roi de Navarre, écrivant le 4 septembre 1 562 à M. du Lude, lui mandait : n Le désir que la Royne a beu de sauver cette ville (Bourges) du sac et du pillage, a esté cause que nous avons myeulx aymé les recepvoir à composition quo de les avoir de force, comme nous pouvions faire.» (M. de Rochambeau, Lettres d'Antoine de Bourbon, p. 270.)
(4) Jean Glaumeau, dans son journal (Mém. de la Société des Antiquaires de France, t. XXIl, p. 221 ) en parlant des pourparlers qui précédèrent la reddition de Bourges, so contente de dire que les négociateurs -par plusieurs foys avoient parlementé ensemble, mais ne s'estoient peu accorder;). Cependant Ie sieur d'Ivoy finit par accepter les conditions qui lui étaient offertes, quoique de l'avis géné­ral il lui eût été facile de prolonger la résistance.
(-' La capitulation, dont le texte se trouve dans les Mémoires de Condé (1743), t. IV, p. 634, fut conclue le 3i août ot signée par le Roi, la Reine-Mère, le roi de Navarre, M. de Guise, le Connétable et plusieurs autres personnages : elle stipulait quo tous les partisans du prince de Condé sortiraient de Bourges et qu'alors le Roi y entrerait avec sa maison seulement, et en ce qui concer­nait la religion, que chacun vivrait selon sa conscience, avec interdiction do s'injurier les uns les autres, sous peine de lu hart. (Jour­nal de Jean*Glaumeau, Mém. de la Société des Antiquaires de France, t. XXII, p. 222.)
<-) Charles IX fit son entrée à Bourges le mardi 1" septembre, entre quatre et cinq heures de l'après-midi, après le départ dos compagnies huguenotes, il fut logé dans la maison de Jacques Cœur et prolongea son séjour jusqu'au dimanche suivant, 6 septembre; à cotte dale, le Roi quitta Hourges et s'en vint coucher à Saint-Palais (Cher, arrondissement de Bourges, canton de Saint-Martin d'Auxigny). (Journal de Jean Glaumeau, p. 222.)
W Une lettre de Catherine de Médicis, adressée de Bourges après la prise de cotte ville à M. de Saint-Sulpice, donne d'intéressants détails sur les projets formés par le Conseil royal : -Il a esté advisé, dit-elle, par lo conseil de mon frere le Roy de Navarre et de tous ces seigneurs, de acheminer l'armée du costé d'Orleans, afin de veoir si les Angloys descendent dans la Normandye, comme il en est grand bruit et y en a do grandes apparences, et y marcher droict pour les dénicher avant qu'ilz ayent loisir d'y prendre ung pied, sinon que l'on vist que ce fut plus mine qu'effet, assiéger Orleans et travailler, en réduisant cette ville, à mettre tout le royaulme à paix.- (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 389.)